• Sagesse de vie Open or Close

    Il y a bien des manières de vivre en ce monde ! François de Sales nous en indique une… : suivre la voie de l’AMOUR.

    En cela, le "Docteur de l’amour" ne fait que reprendre ce que son Maître et Sauveur, Jésus Christ, a enseigné il y a 2ooo ans. Son originalité et son autorité en la matière viennent de son génie à faire part de son expérience spirituelle : il s’est laissé séduire par Dieu et sa vie entière a été une réponse à l’amour passionné du Christ. A travers sa pastorale, son abondante correspondance, ses livres et la fondation de la Visitation, il a toujours cherché à conduire les âmes au véritable amour.

    Se laisser séduire et répondre à l’amour de Dieu voilà bien les deux mouvements de notre cœur, comme ceux de la respiration : inspirer, expirer … St François de Sales parle "des deux principaux exercices de l’amour sacré qui se font par complaisance et bienveillance" (TAD V).

    Nous voudrions vous partager très simplement, dans cette page SAGESSE DE VIE, les riches enseignements reçus de notre tradition visitandine (nos Saints Fondateurs François de Sales et Jeanne de Chantal, Ste Marguerite Marie, etc…) ou de l’Eglise (Magistère, Pères de l’Eglise, Catéchisme de l’Eglise Catholique, etc…), qui nous aident à avancer sur le chemin merveilleux - mais escarpé ! - de l’amour de Dieu et du prochain.

     

La simplicité n’est autre chose qu’un acte de charité...

et c'est pourquoi elle est si chère au coeur de François de Sales ! Vertu sans éclat, mais pourtant appréciée de tous, on en parle trop peu. L'évêque de Genève a donc voulu la mettre à l'honneur parmi ses filles de la Visitation comme nous le montre le long entretien (XIIIèmè Entretien spirituel) qu'il leur a fait sur le sujet. Nous en donnons ici une première partie.

"Il faut que nous disions premièrement, ce qu’est la vertu de la simplicité.Vous savez que nous appelons communément une chose simple, quand elle n’est point brodée, doublée ou bigarrée; par exemple nous disons Voilà une personne qui est habillée bien simplement, parce qu’elle ne porte point de doublure ni de façon en son habit, je dis de doublure qui se voie; sa robe n’est que d’une étoffe, et cela est une robe simple.

La simplicité donc n’est autre chose qu’un acte de charité pur et simple qui n’a qu’une seule fin, qui est d’acquérir l’amour de Dieu; et notre âme est simple lorsque nous n’avons point d’autre prétention en tout ce que nous faisons ou désirons.

 

L’histoire tant commune des hôtesses de Notre-Seigneur, à savoir Marthe et Madeleine (Luc., X, 38-42), est grandement remarquable pour ce sujet : car ne voyez-vous pas que Marthe, bien que sa fin fut louable de vouloir bien traiter Notre-Seigneur, ne laissa pas d’être reprise par ce divin Maître, d’autant qu’outre la fin très bonne qu’elle avait pour son empressement, elle regardait encore Notre-Seigneur en tant qu’homme; et pour cela croyait qu’il fût comme les autres, auxquels un seul mets ou une sorte d’apprêt ne suffit pas ; c’était cela qui faisait qu’elle s’émouvait grandement afin de trouver des oranges, des citrons, du vinaigre et semblables choses pour réveiller l’appétit. Et par ainsi elle doublait cette première fin de l’amour de Dieu en son exercice, de plusieurs autres petites prétentions, desquelles elle fut reprise de Notre-Seigneur : Marthe, Marthe, tu te troubles de plusieurs choses, bien qu’une seule soit nécessaire, qui est celle que Madeleine a choisie et qui ne lui sera point ôtée. Cet acte de charité simple qui fait que nous ne regardons en toutes nos actions que le seul désir de plaire à Dieu, est la part de Marie qui est seule nécessaire, et c’est la simplicité,  vertu laquelle est inséparable de la charité, d’autant qu’elle regarde droit à Dieu, sans que jamais elle puisse souffrir aucun mélange de propre intérêt; autrement ce ne serait plus simplicité, car elle ne peut souffrir nulle doublure des créatures, ni aucune considération de celles-ci; Dieu seul y trouve sa retraite.

Cette vertu est purement chrétienne, car les païens, voire ceux qui ont fort bien parlé des autres vertus, comme Platon et Aristote, n’en ont eu nulle connaissance, non plus que de l’humilité. De la magnificence, de la libéralité, de la prudence, de la constance, ils en ont fort bien écrit, mais de la simplicité et de l’humilité, point. Notre-Seigneur lui-même est descendu du Ciel pour en donner connaissance aux hommes, tant de l’une que de l’autre vertu, autrement ils eussent toujours ignoré cette doctrine si nécessaire. Soyez prudents comme le serpent, dit-il à ses Apôtres, mais passez plus outre, et soyez simples comme la colombe (Matt.. X, 16 ). Comme s’il eût voulu dire: Apprenez de la colombe à aimer Dieu en simplicité, je veux dire, à procurer en vous l’augmentation de l’amour céleste en la simplicité de votre coeur, n’ayant qu’une seule prétention et une seule fin en tout ce que vous ferez; mais n’imitez pas seulement la simplicité de l’amour des colombes en ce qu’elles n’ont toujours qu’un colombeau pour lequel elles font tout, auquel seul elles veulent complaire et craignent de déplaire ; mais imitez-les aussi en la simplicité qu’elles pratiquent en l’exercice et au témoignage qu’elles rendent de leur amour: car elles ne font point tant de choses ni tant de mignardises, mais elles font simplement leurs petits gémissements autour de leurs colombeaux, se tenant en cette confiance qu’ils sont tout assurés de leur amour et se contentent de leur tenir compagnie quand ils sont présents. La simplicité bannit de l’âme tant de soin et de sollicitude que plusieurs ont inutilement pour rechercher quantité d’exercices et de moyens pour pouvoir aimer Dieu, ainsi qu’ils disent; et leur semble que, s’ils ne font tout ce que les Saints ont fait, ils ne sauraient être contents. Pauvres gens, qu’il y a grande pitié en eux! car ils se tourmentent à trouver l’art d’aimer Dieu, et ne savent pas qu’il n’y en a point d’autre que de l’aimer. Ils pensent qu’il y a une certaine finesse pour acquérir cet amour, lequel néanmoins ne se trouve qu’en la simplicité. Ce que nous disons qu’il n’y a point d’art, n’est pas pour mépriser certains livres, qui sont intitulés : L’art d’aimer Dieu; car ces livres mêmes enseignent qu’il n’y a point d’autre art que de se mettre à l’aimer, c’est-à-dire, se mettre en la pratique des choses qui lui sont agréables, qui est ce qui nous fait acquérir et trouver cet amour sacré; mais cette pratique s’entreprend en simplicité, sans trouble et sans inquiétude. La simplicité embrasse vraiment les moyens que l’on prescrit à chacun selon sa vocation pour acquérir l’amour de Dieu, mais cela se fait sans se détourner nullement de sa fin, qui est l’amour de Dieu, de sorte qu’elle ne veut point d’autre motif pour acquérir ou être incitée à la recherche de cet amour que sa fin même, autrement la simplicité ne serait pas parfaitement simple; elle ne peut souffrir aucun autre regard, pour parfait qu’il puisse être, que le pur amour de Dieu, qui est sa seule prétention. Par exemple, si l’on va à l’Office, et que l’on demande : Où allez-vous? — Je vais à l’Office, répondrait-on. — Mais pourquoi y allez-vous? pourquoi plutôt en cette heure qu’en une autre heure? — C’est parce que, la cloche ayant sonné, si je n’y vais pas je serai remarquée. — La fin d’aller à l’Office pour louer Dieu est très bonne, mais ce motif n’est pas simple, car la simplicité requiert que l’on y aille attirée du désir de plaire à Dieu, sans aucun autre regard; et ainsi de toutes choses.